{"id":276,"date":"2021-04-18T20:32:15","date_gmt":"2021-04-18T18:32:15","guid":{"rendered":"http:\/\/laneetlegingembre.fr\/?p=276"},"modified":"2021-05-17T18:49:05","modified_gmt":"2021-05-17T16:49:05","slug":"meeting-franck","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laneetlegingembre.fr\/?p=276","title":{"rendered":"Meeting Franck"},"content":{"rendered":"\n<p>Depuis que j\u2019ai d\u00e9couvert les joies du c\u00e9libat, Lyon et moi, on s\u2019apprivoise.<\/p>\n\n\n\n<p>Modulo la pand\u00e9mie, il y a des bars qui se posent l\u00e0 avec des jardins d\u00e9licieux et des bi\u00e8res brunes \u00e0 tomber, des bars \u00e0 jeux de soci\u00e9t\u00e9 avec des collections \u00e0 p\u00e2lir. Les biblioth\u00e8ques se d\u00e9fendent et il y a plein de trucs \u00e0 d\u00e9couvrir avec les enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut monter dans la voiture, aller tout droit et se dire&nbsp;\u00ab&nbsp;une fois sortie de la ville, je roule trente minutes, je m\u2019arr\u00eate et je marche quatre heures&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00e7a sera forc\u00e9ment une belle journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y a le parc de Miribel, qui lou\u00e9 soit Dieu, est \u00e0 dix bornes de la maison. Que vous soyez avec des gamins en draisienne, avec des amis et beaucoup de bi\u00e8re, que vous soyez plagiste, runner, v\u00e9t\u00e9tiste, naturiste, amoureux des h\u00e9rons, sportif, fan de barbecue, le bonheur est \u00e0 Miribel.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque je ne me perdrai plus dans le parc, ce sera le signe qu\u2019il est temps pour moi de quitter la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai fait hier le tour du lac \u00e0 v\u00e9lo et je suis tr\u00e8s fi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai toujours pas r\u00e9ussi \u00e0 trouver l\u2019itin\u00e9raire complet parce que crues aidant je me suis encore paum\u00e9e et suis pass\u00e9e par des sentiers invraisemblables. Personne ne peut passer par l\u00e0 avec des roues &nbsp;; avec des ailes et un sac \u00e0 dos, peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelques semaines lors d\u2019une pr\u00e9c\u00e9dente tentative, j\u2019\u00e9tais \u00e0 pied, \u00e9pil\u00e9e de frais, jupe color\u00e9e, livre dans le sac \u00e0 main, concentr\u00e9e sur le parfum des fleurs, les reflets de l\u2019eau et la pens\u00e9e r\u00e9jouissante de ma bou\u00e9e de gras qui math\u00e9matiquement devait fondre \u00e0 chaque pas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Attention, tour du lac impossible pour cause de crue&nbsp;\u00bb, chantaient les panneaux sur le bord du chemin. Je sens que je mincis, je sens que je mincis, chantonnait mon cerveau. Tout allait bien.<\/p>\n\n\n\n<p>A dix mille pas de la voiture, le chemin descend et remonte. Entre la descente et la c\u00f4te en ce moment&nbsp;: le lac.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, un tout petit bout de lac. Un bras, un petit bras, un poignet. Je suis d\u2019humeur aventureuse. Regard pour mon sac \u00e0 main. \u00c7a ne peut pas \u00eatre si profond, si&nbsp;? Regard pour mes escarpins. Bouarf, \u00e7a fait dix ans que je les ai, ils sont foutus que je me lance ou non. Regard autour de moi. \u00ab&nbsp;On ne peut pas passer&nbsp;\u00bb, me dit un promeneur, \u00ab&nbsp;\u00e0 cause de l\u2019eau&nbsp;\u00bb. Les gens ont vraiment un sens de l\u2019observation impressionnant et je les remercie de me faire part syst\u00e9matiquement du produit de leur examen. \u00ab&nbsp;J\u2019ai bien envie de tenter&nbsp;\u00bb, je r\u00e9ponds.<\/p>\n\n\n\n<p>Les galets roulent sous mes pieds. Je mets une premi\u00e8re chaussure dans la flotte, comme si je faisais de la randonn\u00e9e en haute montagne, en m\u2019assurant \u00e0 chaque pas que le sol est ferme sous mes semelles&nbsp;; mais en tenant serr\u00e9 mon sac sous mon sein et en relevant ma jupe de la main. Encore un pas. Ouch, je le voyais moins profond celui-l\u00e0. Un cycliste sur l\u2019autre rive s\u2019arr\u00eate et regarde ce que je suis en train de faire. Il me fait un signe&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vers la droite, me dit-il, par l\u00e0, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019est le chemin, ailleurs ce ne sera pas jouable.&nbsp;\u00bb Je change de direction et je suis mon coach. Mi-cuisse. Je renonce \u00e0 ma dignit\u00e9 et remonte la jupe au-dessus de la culotte, que j\u2019ai fort laide ce matin. \u00c7a descend encore. Si le bas du pull est mouill\u00e9, \u00e7a ne sert plus \u00e0 rien de tenir la jupe, sauvons le sac. Je l\u2019accroche autour de mon cou et le tiens \u00e0 bout de bras au-dessus de ma t\u00eate. Encore un pas. Je bois la tasse et je perds mes chaussures. Mon sac plonge avec moi. Je fais quelques mouvements confus, la nage du petit chien que je r\u00e9ussis avec tant d\u2019\u00e9l\u00e9gance, et je rejoins un endroit o\u00f9 j\u2019ai pied. J\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 choper mes chaussures au passage. Entre les mains levant au ciel le sac d\u00e9goulinant, les chaussures pleines de vase et l\u2019eau qui m\u2019arrive aux \u00e9paules, je suis au sommet de ma gloire. J\u2019ai de la boue dans la bouche et les cheveux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Alors&nbsp;?&nbsp;\u00bb me demande le cycliste.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Alors, j\u2019arr\u00eate, je lui r\u00e9ponds.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ma fiert\u00e9, mon livre tremp\u00e9 au fond de mon sac et moi essayons de nous souvenir sur le chemin du retour duquel de ces satan\u00e9s rochers \u00e9tait stable et lequel ne l\u2019\u00e9tait pas. Je finis par accoster. Je suis toujours en petite jupe et \u00e9pil\u00e9e de frais, mais tremp\u00e9e et d\u00e9gueulasse.<\/p>\n\n\n\n<p>Les gens me regardent en silence.<\/p>\n\n\n\n<p>Je fais quelques pas encore et m\u2019assois sur une plage de galets, au soleil, le temps de s\u00e9cher et de lire trente pages humides.<\/p>\n\n\n\n<p>Je rentre. C\u2019\u00e9tait une bonne journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ceci pour dire que le raisonnable et moi ne sommes pas toujours tr\u00e8s proches. J\u2019aime bien agir sur un coup de t\u00eate. La derni\u00e8re fois que j\u2019ai fait un choix raisonn\u00e9, je me suis mari\u00e9e&nbsp;; et c\u2019\u00e9tait con. L\u2019exp\u00e9rience des autres, quelle valeur a-t-elle, tant qu\u2019on ne l\u2019a pas mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve&nbsp;? Que c\u2019est creux, une exp\u00e9rience qu\u2019on ne s\u2019approprie pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ma tentative d\u2019hier \u00e0 v\u00e9lo, fine gu\u00eape (c\u2019est du figur\u00e9), je n\u2019ai m\u00eame pas essay\u00e9 de passer par le chemin que je savais condamn\u00e9 par la crue. Mais cinq mille tours de roues plus loin, rebelote.<\/p>\n\n\n\n<p>Frustration&nbsp;: sur ce bras de lac, des \u00e2mes charitables ont jet\u00e9 des troncs. Les pi\u00e9tons peuvent passer. Mon aventure de la semaine pr\u00e9c\u00e9dente aurait eu lieu ici, je n\u2019aurais rien eu raconter et je serais rentr\u00e9e s\u00e8che chez moi&nbsp;; mais je ne tente pas vingt m\u00e8tres sur un tronc branlant avec mon v\u00e9lo charg\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai crois\u00e9 il y a trois minutes une famille \u00e0 v\u00e9lo qui rebroussait chemin. Qu\u2019est-ce qu\u2019ils pensaient&nbsp;? Que j\u2019avais des ailes&nbsp;? Ce serait trop dire que dire que je suis \u00e9nerv\u00e9e, mais j\u2019aurais bien aim\u00e9 qu\u2019ils me pr\u00e9viennent, quand m\u00eame. \u00c7a m\u2019aurait \u00e9vit\u00e9 un cul-de-sac. Demi-tour.<\/p>\n\n\n\n<p>De la confiance plein les p\u00e9dales, arrive un mec cach\u00e9 derri\u00e8re sa barbe. Il est juch\u00e9 sur un monstre avec des pneus presque plus larges que ceux de ma voiture.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u2019est ferm\u00e9 \u00e0 cause de la crue, je le pr\u00e9viens.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah, merde. Le petit chemin \u00e0 gauche, il est toujours ouvert&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous connaissez mieux que moi on dirait. Je n\u2019ai pas regard\u00e9. Perso avec mon v\u00e9lo de ville, je ne le sens pas, je retourne chercher le chemin principal.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me fait un grand sourire.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Moi je vais tenter. Merci de m\u2019avoir pr\u00e9venu, en tout cas&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9e au croisement suivant, je n\u2019ai aucune id\u00e9e du chemin que je dois suivre. Je n\u2019ai pas du tout envie de sortir mon t\u00e9l\u00e9phone pour me rep\u00e9rer, j\u2019aurais l\u2019impression de tricher. Je choisis celui qui semble partir dans la moins mauvaise direction et avec un prorata supportable de caillou et de goudron. Je vous laisse deviner \u00e0 quel point mon choix \u00e9tait judicieux avant de vous en raconter plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon v\u00e9lo n\u2019est pas fait pour rouler \u00e0 la verticale. Il ne me faut pas cent m\u00e8tres pour descendre et le tra\u00eener comme je peux. Le chemin se fait de moins en moins carrossable. Mes \u00e9paules touchent les branches des deux c\u00f4t\u00e9s. Je dois parfois soulever le cadran pour passer un obstacle. J\u2019ai chaud. Je n\u2019ai absolument aucune id\u00e9e d\u2019o\u00f9 je peux bien \u00eatre (dans le parc de Miribel, \u00e0 dix kilom\u00e8tres de chez moi, oui, je sais). Bruit derri\u00e8re moi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Eh ben, me dit Barbe-man toujours bien cal\u00e9 sur sa jument d\u00e9guis\u00e9e en v\u00e9lo, je pensais que vous cherchiez le chemin principal&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, je r\u00e9ponds, j\u2019esp\u00e9rais que c\u2019\u00e9tait celui-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je sais pas trop o\u00f9 je suis non plus, mais je me demande si on passe pas par l\u00e0 (grand mouvement compliqu\u00e9 avec le bras), si on peut pas retrouver le chemin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que je m\u2019aper\u00e7ois que je ne le connais absolument pas, que son v\u00e9lo tient plut\u00f4t de la moto cross et le mien du monocycle et que je suis perdue avec un inconnu barbu au milieu de nulle part. Je suis son mouvement du regard, vers les gravi\u00e8res impraticables.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Par l\u00e0&nbsp;? (pointe d\u2019inqui\u00e9tude dans ma voix.)<\/p>\n\n\n\n<p>Lui&nbsp;: \u00ab&nbsp;Enfin, je crois.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne trouverai pas de meilleur plan dans les cinq prochaines minutes et il va bien falloir que je trouve un moyen de sortir d&#8217;ici avant le couvre-feu. Je le suis.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me rends bien compte, dans la gravi\u00e8re, qu\u2019il pourrait m\u2019arriver n\u2019importe quoi. Mes pieds s&#8217;enfoncent dans les cailloux, je gal\u00e8re pour pousser mon v\u00e9lo, je serais bien en peine de r\u00e9agir en cas de probl\u00e8me. <\/p>\n\n\n\n<p>Quand on sort enfin du champ de cailloux, je suis Barbe-Man dans des sentiers profonds. Je n\u2019aurais jamais choisi ces sentiers-l\u00e0 \u2013 mais je commence \u00e0 mesurer ce que valent mes d\u00e9cisions en mati\u00e8re d\u2019orientation. Fallait-il vraiment choisir \u00e0 chaque fois le passage le plus sombre&nbsp;? Mais le lac, il est pas exactement dans l\u2019autre direction&nbsp;? Je doute. Je n\u2019aime pas quand je n\u2019arrive pas \u00e0 faire confiance aux gens. Je n\u2019aime pas vivre dans un monde de soup\u00e7on. J\u2019ai l\u2019impression d\u2019alimenter la machine \u00e0 peur \u00e0 chaque fois qu\u2019on voit que je me m\u00e9fie. Ce n\u2019est pas ce monde que je veux, ni pour moi, ni pour Poussin, ni pour Poussine.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand m\u00eame. Quand on voit la fronti\u00e8re entre confiance et suicide, c\u2019est souvent qu\u2019il est trop tard. Barbe-man est une vingtaine de tours de roues devant, sur ses deux roues motrices. Il avance tout doucement pour que je puisse le suivre. Moi, je progresse cahin-caha en tenant mon guidon de la main droite. De la gauche, j\u2019essaie de r\u00e9cup\u00e9rer mon t\u00e9l\u00e9phone dans la poche. Je voudrais r\u00e9ussir \u00e0 partager ma position googlemap avec quelqu\u2019un, n\u2019importe qui. Si je ne suis pas au bureau lundi matin, \u00e7a fera toujours un indice. Barbe-Bleue se retourne, toujours en souriant. Je rempoche mon t\u00e9l\u00e9phone le plus vite possible. Je n\u2019ai pas eu le temps d\u2019envoyer quoi que soit. J\u2019ai m\u00eame pas eu le temps de rep\u00e9rer ma position.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00c7a va&nbsp;? Tu t\u2019en sors&nbsp;? Tu permets que je te dises \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il me montre une futaie plus \u00e9paisse encore que celle dans laquelle nous sommes.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; On va traverser \u00e7a, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, si je me trompe pas, on sera sur le chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>Au stade o\u00f9 j\u2019en suis, hein.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la futaie, il y a le chemin. Avec des gens, avec de vrais gens, bonheur et soulagement.<\/p>\n\n\n\n<p>Barbe-Bleue s\u2019appelle Patrick, il est venu \u00e0 v\u00e9lo de V\u00e9nissieux. Il a cass\u00e9 sa tirelire pour s\u2019offrir un VTT \u00e0 moteur, venir ici se perdre, c\u2019est son petit plaisir. Il m\u2019indique comment finir mon tour de lac, et me souhaite une tr\u00e8s bonne journ\u00e9e. \u00ab\u00a0Bon ben \u00e0 bient\u00f4t peut-\u00eatre, ce serait rigolo, on se croisera peut-\u00eatre dans le coin\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019ils \u00e9taient bons, les derniers tours de p\u00e9dale. Qu\u2019est-ce que j\u2019aime ces moments o\u00f9 je me dis que je l\u2019ai fait et que j\u2019ai r\u00e9ussi. J\u2019arrive \u00e0 la voiture transpirante et de l\u2019oxyg\u00e8ne plein des poumons. J\u2019ai toujours le bide qui d\u00e9passe et le sein gauche trop bas&nbsp;; le sport me d\u00e9\u00e7oit toujours un peu. Je m\u2019en veux d\u2019avoir eu peur.<\/p>\n\n\n\n<p>A Cordeliers, il y a quelques ann\u00e9es \u2013 \u00e0 deux pas de la pharmacie qui m\u2019a donn\u00e9 Poussine, tiens \u2013 on se promenait avec mes parents. Les enfants \u00e9taient peut-\u00eatre l\u00e0. Devant les passages pi\u00e9tons, la foule se pressait. Je ne sentais pas le mec \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi&nbsp;: j\u2019ai serr\u00e9 mon sac contre moi et ai jet\u00e9 un coup d\u2019\u0153il rapide sur son contenu, pour m\u2019assurer qu\u2019il ne manquait rien. Le type a r\u00e9agi avec v\u00e9h\u00e9mence&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Quoi, tu crois quoi&nbsp;? Que je vais te chourer ton sac parce que je suis arabe&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais \u00e9t\u00e9 vex\u00e9e. D\u2019abord, parce qu\u2019on \u00e9tait en public et que mes parents avaient assist\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne. Et puis, comment avait-il pu me pr\u00eater de telles intentions et m&#8217;accuser de racisme&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai mis du temps \u00e0 m\u2019apercevoir qu\u2019il avait eu raison et que j\u2019aurais aussi \u00e9t\u00e9 en col\u00e8re \u00e0 sa place. Je peux faire de mon mieux autant que je veux, je reste le fruit de ma culture et de mon milieu. J\u2019ai toujours des peurs et des r\u00e9flexes que je ne ma\u00eetrise pas. Monsieur, si vous me lisez un jour, pardon.<\/p>\n\n\n\n<p>Honn\u00eatement, \u00e0 chaque fois que je me suis fait voler mon t\u00e9l\u00e9phone et\/ou mon sac (et c\u2019est arriv\u00e9 souvent, et toujours \u00e0 Lyon), je ne m\u2019en suis jamais aper\u00e7ue. Je r\u00e9agis aux mauvais signaux, mais je ne sais pas comment travailler dessus. Comment les transformer&nbsp;? Comment changer ma r\u00e9action quand je les re\u00e7ois&nbsp;? Je me demande si je trouverai un jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand les enfants \u00e9taient petits, je ne conduisais pas encore. Tous les soirs, j\u2019allais les r\u00e9cup\u00e9rer chez la nounou en transport en commun et nous rentrions en bus.<\/p>\n\n\n\n<p>Un soir au m\u00eame arr\u00eat que nous, monte un type qui ressemble au P\u00e8re No\u00ebl. Il ne sent pas tr\u00e8s bon. Il descend au m\u00eame arr\u00eat que nous. Quand les petits et moi arrivons \u00e0 la maison, je plonge dans la ronde des bains et des coquillettes au jambon. La sonnerie retentit apr\u00e8s une bonne demi-heure. A la porte&nbsp;: le P\u00e8re No\u00ebl. On est au cinqui\u00e8me \u00e9tage. On ne peut pas entrer dans l\u2019immeuble sans se faire ouvrir \u00e0 l\u2019interphone \u2013 et je n\u2019ai ouvert \u00e0 personne \u00e0 l\u2019interphone.<\/p>\n\n\n\n<p>Lui&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah tiens, c\u2019\u00e9tait vous tout \u00e0 l\u2019heure dans le bus nan&nbsp;? C\u2019est marrant. Les petits sont l\u00e0&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Moi&nbsp;: \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je suis antiquaire. Je viens voir si vous avez des meubles \u00e0 vendre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mon mari n\u2019est pas l\u00e0 (je me hais aujourd\u2019hui pour des r\u00e9ponses de ce genre).<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous me laissez faire un tour&nbsp;? Comme \u00e7a je vous dis s\u2019il y a un meuble int\u00e9ressant.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai un enfant dans le bain, un autre dans la chaise haute, j\u2019ai beaucoup de mal \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et \u00e0 faire un choix intelligent. Je le laisse entrer. C\u2019est \u00e9trange de le voir faire le tour de l\u2019appartement et jeter dans chaque pi\u00e8ce un regard circulaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il finit par repartir et je sens bien que j\u2019ai fait une connerie. L\u2019homme n\u2019aurait jamais laiss\u00e9 entrer chez lui un inconnu-qui-veut-voir-des-meubles. Il ne va pas aimer. Si le type revient pour cambrioler&nbsp;? S\u2019il fait du mal aux enfants&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai appel\u00e9 le lendemain au num\u00e9ro qu\u2019il avait laiss\u00e9 pour v\u00e9rifier qu\u2019il faisait bien partie de l\u2019association et me rassurer. Je ne m\u2019attendais pas quand j\u2019ai d\u00e9croch\u00e9 quelques heures plus tard un appel provenant d\u2019un num\u00e9ro que je ne connaissais pas \u00e0 ce que ce soit le P\u00e8re No\u00ebl en personne. Un P\u00e8re No\u00ebl d\u00e9\u00e7u et en col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pourquoi vous avez t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 pour v\u00e9rifier&nbsp;? Mais vous imaginez que je vais faire quoi au juste&nbsp;? Comment pouvez-vous me soup\u00e7onner&nbsp;? Est-ce que vous vous rendez compte que c\u2019est grave, ce que vous imaginez de moi&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai eu honte.<\/p>\n\n\n\n<p>Je venais d\u2019accrocher mon v\u00e9lo \u00e0 ma voiture ce matin, et je faisais une man\u0153uvre pour sortir du parking. S\u2019approche de la voiture un homme dont j\u2019aurais du mal \u00e0 d\u00e9finir l\u2019\u00e2ge, mais que l\u2019on reconna\u00eet&nbsp;: c\u2019est l\u2019homme qui va nous demander quelque chose, celui qui mendie. J\u2019ouvre la fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Madame, commence-t-il, bonjour. Excusez-moi de vous importuner. Je sais que nous venons de cultures diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite des phrases confuses, longtemps. Pas de papier. Un ami avec un t\u00e9l\u00e9phone bloqu\u00e9. Un probl\u00e8me administratif \u00e0 r\u00e9soudre. Des nuits dehors. L\u2019ami ne r\u00e9pond pas. Dormi \u00e0 la Part-Dieu. Encore une histoire de t\u00e9l\u00e9phone, peut-\u00eatre la m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je n\u2019ai pas encore compris comment je peux vous aider, finit par l\u2019interrompre la connasse qui est en moi et qui trouve qu\u2019il parle trop longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Il suspend sa phrase et me regarde quelques secondes silencieusement.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J\u2019ai faim r\u00e9pond-il. Et j\u2019ai besoin d\u2019un timbre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je n\u2019ai pas de liquide. Mais un timbre, j\u2019ai.<\/p>\n\n\n\n<p>Je tends la main vers mon sac sur le si\u00e8ge passager.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ils ont dit un timbre fiscal, et\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les mots lui manquent. Il fouille dans sa pochette plastique et me montre un avis de r\u00e9ception. \u00c7a ressemble \u00e0 une d\u00e9marche administrative pour obtenir des papiers en r\u00e8gle.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bon, je lui dis. Je gare ma voiture, j\u2019arrive.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que nous marchions jusqu\u2019au distributeur, il m\u2019a parl\u00e9 de l\u2019administration fran\u00e7aise. Elle est terrible votre administration madame, c\u2019est la pire du monde. Je me suis aper\u00e7ue que l\u2019administration fran\u00e7aise me donnait souvent envie de manger mes mains alors que je suis blanche, dipl\u00f4m\u00e9e et avec des papiers melunais.<\/p>\n\n\n\n<p>Je fais mes comptes tous les jours depuis une semaine pour guetter la limite de d\u00e9couvert qui approche tonitruante, mais c\u2019est parce que j\u2019ai parce que j\u2019ai fait une crise d\u2019Amazonite et parce que j\u2019ai achet\u00e9 des v\u00e9los aux enfants sur un coup de t\u00eate, pas parce que je n\u2019ai pas de papiers et que la dame de l\u2019accueil me demande un timbre fiscal pour le formulaire B12.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi si je reste sage quelques semaines, je me r\u00e9tablirai, et je paierai mes imp\u00f4ts quoi qu\u2019il advienne.<\/p>\n\n\n\n<p>On est all\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 un distributeur o\u00f9 j\u2019ai retir\u00e9 vingt euros. En entrant dans le sas, je me suis retourn\u00e9e pour lui demander d\u2019attendre dehors. Je n\u2019avais pas envie qu\u2019il regarde mon code. Il n\u2019\u00e9tait pas entr\u00e9. Il m\u2019attendait \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, sage et discret.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00c7a paiera le timbre fiscal et au moins un repas, je lui dis en tendant le billet. Bon, maintenant, vous avez faim&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il hoche la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous voulez manger quoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ben, j\u2019aimerais bien un kebab.<\/p>\n\n\n\n<p>Il sourit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne suis pas encore habitu\u00e9, moi, \u00e0 la nourriture des Blancs. Je suis encore Noir fonc\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je souris aussi. Va pour un kebab.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant qu\u2019on cherche un kebab \u00e0 Villeurbanne un dimanche matin en p\u00e9riode de pand\u00e9mie, il me parle des deux barges qui ont embarqu\u00e9 et de la seule qui est arriv\u00e9e. Il dit que dans les barges, il y avait des femmes, des enfants, des amis.<\/p>\n\n\n\n<p>Il dit que son nom, c\u2019est Franck, qu\u2019il ne faut pas perdre espoir, que souvent quand on demande aux gens, ils ne donnent pas, mais qu\u2019il y en a, on ne leur demande pas et ils donnent quand m\u00eame. Et tout \u00e0 coup, un cri&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dieu donne&nbsp;!&nbsp;\u00bb et il plonge. Il vient de se jeter sur un billet de dix euros qui \u00e9tait sur le trottoir. Il le brandit comme Mufasa brandit Simba. Dix euros&nbsp;! Dix euros&nbsp;! Et avec les vingt\u2026 Mais avec \u00e7a, je mange aujourd\u2019hui, je mange demain, avec \u00e7a je mange apr\u00e8s-demain. Il dit que c\u2019est ma chance.<\/p>\n\n\n\n<p>Le moment m\u2019\u00e9bouriffe. Je n\u2019ai pas vu un billet de dix euros seul par terre depuis bien quinze ans. Un billet qui n\u2019\u00e9tait pas encore l\u00e0 quand nous sommes pass\u00e9s \u00e0 l\u2019aller.<\/p>\n\n\n\n<p>Le regard de Franck \u00e0 ce moment, c\u2019est celui de mon fils devant un nouveau jouet dont il r\u00eave et qui le surprend, mais celui de mon fils dure moins longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous avez vraiment un fran\u00e7ais impeccable, je dis \u00e0 Franck.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J\u2019ai fait des \u00e9tudes, avant de venir. J\u2019ai un bac +4. En \u00e9conomie. Et je parle anglais aussi. J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 en Afrique du Sud. Mais ici, mon dipl\u00f4me\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Vous savez, dans la voiture, j\u2019ai une gourde et un thermos. Bon \u00e7a craint un peu parce qu\u2019ils ne sont pas propres, je les ai utilis\u00e9s hier, il y avait du caf\u00e9 dans le thermos. Faudra les laver. Mais je me dis que \u00e7a pourra vous \u00eatre utile, si vous voulez&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il me dit que oui, ce sera utile, il veut bien, merci. Il me pose des questions sur moi. Comment je m\u2019appelle. Si j\u2019ai des enfants. \u00ab&nbsp;Vous avez deux enfants&nbsp;? Mais \u00e7a ne se voit pas du tout&nbsp;!&nbsp;\u00bb Soit mon tour de v\u00e9lo d\u2019hier a \u00e9t\u00e9 super efficace, soit il est tr\u00e8s bon en tact, soit c\u2019est un bisounours. Mais je l\u2019aime bien, du coup.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas de kebab \u00e0 Villeurbanne un dimanche matin en p\u00e9riode de pand\u00e9mie. On se rabat sur Monoprix.<\/p>\n\n\n\n<p>On se marre en se perdant dans les rayons. On discute de ce que c\u2019est qu\u2019un produit de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 et de leur d\u00e9finition qui change de jour en jour. Les v\u00eatements pour enfants de moins de trois ans sont en vente libre, mais les cale\u00e7ons pour mon fils qui en a huit et qui n\u2019en a plus un de mettable, non. On n\u2019a plus besoin de cale\u00e7on, quand on a huit ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Franck demande pourquoi l\u2019alcool fait partie des produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9. Je r\u00e9ponds que \u00e7a ne me semble pas incoh\u00e9rent avec le fait qu\u2019aujourd\u2019hui le rayon maquillage est accessible.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais bien lui acheter tous les produits des rayons alimentaires, mais je ne dis rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019\u00e9tais jeune adulte un copain voulait monter un projet humanitaire en Afrique avec cette phrase en exergue de son dossier&nbsp;: \u00ab&nbsp;Donne un poisson \u00e0 un homme, il p\u00eachera un jour. Apprends-lui \u00e0 p\u00eacher, il mangera tous les jours.&nbsp;\u00bb Je n\u2019ai jamais r\u00e9ussi \u00e0 lui faire comprendre \u00e0 quel point je trouvais \u00e7a raciste.<\/p>\n\n\n\n<p>Franck et moi on a tous les deux tr\u00e8s bien compris que j\u2019avais plus de fric que lui. Ce n\u2019est peut-\u00eatre pas le moment de l\u2019\u00e9taler. Il finit par trouver les sandwiches, et l\u00e0 o\u00f9 j\u2019aurais voulu lui payer tous les sushis du magasin, il se choisit un minable jambon-beurre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Nan mais prenez-en un deuxi\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; S\u00fbre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, s\u00fbre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il v\u00e9rifie encore dans mes yeux que je suis ok, et se ressert.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bon, je lui demande. Une boisson, maintenant&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est parti pour un coca. Mais un petit. Le plus petit possible. Quand on va dormir \u00e0 la Part-Dieu, la nuit, ils fouillent les sacs et ils se servent. \u00c7a ne sert \u00e0 rien de prendre grand.<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment de r\u00e9gler l\u2019\u00e9pique somme de 4,67 euros \u00e0 la caisse du Monoprix, toutes mes CBs bloquent une par une. Je vois approcher le moment o\u00f9 je vais devoir lui demander de m\u2019avancer de l\u2019argent. La derni\u00e8re carte passe enfin. On \u00e9change un sourire soulag\u00e9&nbsp;; il commente&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce suspense&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On se salue devant le magasin. Il me dit qu\u2019il va manger sur un banc dans le parc dans le coin. Moi je rejoins ma voiture.<\/p>\n\n\n\n<p>Franck sourit encore et s\u2019\u00e9loigne. Mon c\u0153ur est flatt\u00e9 et je flotte&nbsp;; mais Franck s\u2019\u00e9loigne et je passe la main dans mon sac pour m\u2019assurer que mon portefeuille est toujours l\u00e0. Je me surprends \u00e0 presser le pas. Et si quelqu\u2019un m\u2019avait piqu\u00e9 mon v\u00e9lo pendant ce temps-l\u00e0&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant les premi\u00e8res minutes au volant, je me sens un peu b\u00e9ate. C\u2019est bon pour l\u2019ego de se sentir quelqu\u2019un de bien et ce qui est bon pour l\u2019ego est bon pour le moral.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis au troisi\u00e8me feu rouge j\u2019ai envie de faire demi-tour. Pourquoi je l\u2019ai laiss\u00e9 manger seul&nbsp;? Pourquoi je ne lui ai pas propos\u00e9 de passer quelques nuits \u00e0 la maison plut\u00f4t que dans le froid&nbsp;? J\u2019y ai pens\u00e9 en plus, j\u2019y ai vraiment pens\u00e9 et je ne l\u2019ai pas fait. J\u2019ai trois chambres dont deux vides quand les enfants ne sont pas l\u00e0. L\u2019appart va \u00eatre tellement grand ce soir. Il serait au moins reparti avec une couverture.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sais pourquoi&nbsp;: parce que la connasse en moi a peur qu\u2019il ne parte plus. Ou qu\u2019il vole. Ou qu\u2019il me g\u00eane. Ou qu&#8217;il me juge. <\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai honte.<\/p>\n\n\n\n<p>Si je tourne ici \u00e0 droite, je peux encore faire demi-tour. Si je tourne ici, je peux, mais apr\u00e8s c\u2019est le p\u00e9riph, ce sera trop tard.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019entre dans le parking de ma copropri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pourquoi je ne suis pas rest\u00e9e manger avec lui, prendre le temps de faire connaissance, prendre la temp\u00e9rature, d\u00e9cider en mon \u00e2me et conscience quel risque je voulais bien prendre et dans quelle mesure je pouvais aider&nbsp;? Pourquoi je me suis d\u00e9p\u00each\u00e9e de rentrer comme \u00e7a&nbsp;? Si \u00e7a se trouve, c\u2019\u00e9tait juste pour pouvoir \u00e9crire vite vite cette note auto-satisfaite.<\/p>\n\n\n\n<p>Le portail se ferme derri\u00e8re ma voiture.<\/p>\n\n\n\n<p>Putain. J\u2019ai oubli\u00e9 de lui donner le thermos.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis que j\u2019ai d\u00e9couvert les joies du c\u00e9libat, Lyon et moi, on s\u2019apprivoise. 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